#2

#2
C'était le dernier jour.
Le dernier jour où elle le voyait. Le dernier jour où elle pouvait lui balancer ses sentiments qu'elle trouvait si honteux et pesants. Elle passa le grand portail qui la séparait de ces deux mois de pure liberté. Un pied dehors. Le vent lui fouetta le visage. Ca y est. Elle échappait à tout ça. A cette torture quotidienne. Elle s'arrêta pour discuter avec ses amies. Leurs présences allaient lui manquer. C'était certain. Le temps passait tellement vite. Elle ferma les yeux, se remémorant tout ses instants. Mais stoppa net lorsqu'elle senti sa vue s' embuer.
" Je vais y aller. "
Sa voix faible transperça le vacarme ambiant. Ses amies tournèrent la tête vers ce corps enfantin, fragile, qui avait un regard brillant de larmes. Elles l'enlacèrent avec amour. Avec chaleur. L'étreinte dura un long moment. Puis elles se décidèrent.
" A bientôt . "
Elle commença à partir. Ne se retournant pas. Et puis elle le vit. Là devant elle. Cet air mutin sur le visage. Riant aux éclats. Dans son estomac une boule se formait. Elle baissa le regard, serrant ses poings le plus fort possible. Il la vit. L'appela.
" Oh non pitié..."
Elle leva la tête, souriant du mieux qu'elle pouvait. Le chemin jusqu'à lui lui parut infiniment long.
" Ca va ? Contente d'être en vacances ?"
Que tu es banal mon garçon.
" Oui ça va... "
Quelle menteuse. Dans sa tête tout s'embrasait. La nausée montait.
" Bon ben j'y vais...Je vais rater mon bus...Bonnes vacances alors. "
Elle courut presque pour échapper à ça. A ses adieux qui la déchiraient. A son regard brillant. A tout cette joie que laissait transparaitre son sourire si parfait. Elle manqua de se faire renverser. Et alors. Plus rien ne comptait vraiment. Lui il s'en foutait . Ca lui donnait envie de détruire tout, de se détruire. Des larmes de rage coulaient. Elles les laissaient faire. On pouvait la voir s'effondrer maintenant. Elle ne cachait plus sa blessure. Sa lâcheté était incomparable. Elle méritait tout ça. S'appuyant contre le capot d'une voiture, tout les regards étaient braqués sur elle. Ses pleurs rameutaient la foule. D'habitude, les gens était doués pour se cacher pour pleurer. Pas elle . Son corps pesait lourd et elle ne put l'empêcher de s'écraser sourdement sur le sol glacé. Tout lui semblait si fade, dénué d'importance. Une silhouette familière s'approcha. Il ne manquait plus que ça.
" Eh ben qu'est ce qui t'arrives ? Ca va pas ? "
Elle avait envie d' hurler. Il était complètement stupide.
" Bien sûr que non ! Ca ne va pas. Les larmes sur mes joues sont les témoins de ma tristesse. Tu sais quoi ? Je déteste ton rire. Il est si clair et mélodieux que ça me donne envie de vomir. Et puis ta démarche. Elle est si unique que je te reconnais même de loin. Le son de ta voix. Si posé et réconfortant. L'odeur de ton shampoing qui persiste durant deux jours. Ta façon de parler en toute franchise, sans cacher tes opinions. La forme de ta bouche lorsque tu souris. Et puis dès que l'on te fait des compliments, tu rougis. En fait je te détestes tout court je crois ! "
Elle criait sans s'en rendre compte et s'était levé d'un geste brusque. Elle était rouge écarlate, ruisselante de larmes. Lui était immobile. Interdit. N'osant plus faire un geste de peur de déclencher à nouveau cette véritable bombe humaine. Son souffle était roque.
" Je suis désolé..."
Elle leva les yeux. Il était d'une sincérité...incroyable.
" On me dit souvent que je ne fais jamais attention à personne. Ils avaient raison. La preuve. Je n'ai même pas vu que tu souffrais. Et de plus, par ma faute. Je t'en supplie, pardonne ma stupidité qui m'a aveuglé tout ce temps. "
Elle n'en croyait pas ses oreilles. Etait- ce réel?
" Tout ce temps, les paroles que je prononçais à ton égard étaient pathétiques, complètement superficielles. J'avais sans doute peur de te décevoir en me dévoilant. La raison ? Eh bien.Tu hantes mes pensées. Jours et nuits. Chaque instants passés à tes côtés me remplissent de bonheur. Si mon sourire te semble si parfait c'est parce qu'il existe grâce à toi. Tu es la seule. L'unique. "
Un silence régnait.
" Je t'aime. "
Son coeur explosa. Ses trois mots lui semblait si banals. Et pourtant. Elle tituba en sa direction. Il lui prit la main. Avec détermination. Il s'approcha tendrement. Et déposa un baiser sur ses lèvres. Elle posa la tête sur son épaule.
" Encore cette odeur de shampoing..."

The End.
Laura©


# Posté le samedi 19 avril 2008 10:43

Modifié le dimanche 20 avril 2008 10:02

Dire qu'on va le revivre. Toi et Moi. Main dans la Main.

Dire qu'on va le revivre. Toi et Moi. Main dans la Main.
Il y' avait des tambours qui résonnaient dans mon coeur. La musique m' habitait, me possédait, et je ne contrôlais plus mon pied qui battait le rythme frénétiquement. Cette voix faisait tressaillir chaque parcelle de ma peau mouillée par les gouttes de transpiration. On sautait, sans reprendre son souffle. C'était comme une transe collective qui nous emmenait tous ensemble au septième ciel. Et on chantait faux mais on s'en foutait bien. Je flottais. Complètement. Pire qu'une drogue, mieux que de l'alcool. Les cheveux échappant au contrôle de mon chignon,le crayon noir coulant sur mes joues. C'est à ce moment là que je me suis sentie le plus libre, le plus épanouie. Je ne me souciais de rien. Il y' avait juste ce son mélodieux et ces guitares qui déchiraient majestueusement le silence. Il y' avait aussi sa main moite dans la mienne et nos cris hystériques se joignant pour ne former qu'un hurlement d'extase. J'ai presque senti la douceur d'un nuage se formait sous nos pieds meurtris. Les yeux rivés sur la scène, on fixait ce spectacle si irréel. Toutes ces silhouettes qui s'agitaient dans une sorte d'effervescence inhumaine. Qui enveloppait la foule d'une fumée de bonheur. Et quand on fermait les yeux, l'excitation de la salle comble était palpable. J'aurais pu mourir là bas. Au milieu de ces gens que je ne connaissais pas. Dans tes bras pleins de courbatures. La lumière s'est éteinte. Et il est parti.
Ce soir là c'était un rêve éveillé. Et quand je me suis couché, je croyais être revenu à la réalité.

# Posté le samedi 26 avril 2008 10:31

Modifié le samedi 26 avril 2008 12:57

#3

#3
« Le ciel brillait d'une lueur irréelle. »

C'était une journée banale. Et pourtant. Ils s'étaient donnés rendez-vous après les cours. Comme d'habitude.
" Alors ? C'est quoi cette surprise ?!"
" Tu verras bien. "

Elle fit la moue mais il résista et avec un regard malicieux la prit par la main. Elle aimait tellement se balader avec lui. Sentir sa présence et son odeur. C'était son premier amour et déjà les projets fourmillaient dans sa tête d'adolescente. Il en était de même pour lui. Il la couvrait de baisers protecteurs et de regards rassurants. Le matin même il lui avait promis une surprise qu'elle ne serait pas prête d'oublier. Elle avait beau le supplier de lui dire ce que c'était, il tenait à garder le secret. Pendant le trajet les ramenant chez eux, elle le bombardait de questions. Et toujours avec son sourire mystérieux, il restait muet face à ses assauts répétés qui restaient vains. Ils arrivèrent devant une grande bâtisse blanche. Elle se retourna vers lui , ses longs cheveux roux flottant dans le vent.
" On se retrouve où Monsieur L'autiste ? "
" Ici dans deux heures. "

Et il s'en alla sans dire un mot, la laissant là, tremblante d'excitation. Elle courut à l'intérieur, salua ses parents et son grand frère. Lorsqu'elle fut dans sa chambre, elle resta bloquée devant une photo d'eux. " Et si il s'en rappelait ? "
Le dilemme face à l'armoire dura un long moment. Un problème de filles, très banal : quelle tenue choisir. Et finalement après de nombreux essais, elle opta pour la simplicité et enfila une robe blanche, vaporeuse. Elle laissa ses cheveux tomber en cascade sur ses épaules blanches. Filant comme un éclair, elle dévala l'escalier.
" A tout à l'heure ! "
Son coeur battait à tout rompre. Coup d' oeil à sa montre: dix minutes d'avance. L'attente promettait d'être longue. Elle guettait l'horizon en quête de sa silhouette. Fermant les yeux pour mieux ressentir le vent, pour mieux écouter les chants des oiseaux.
" Déjà fatiguée ? "
Une voix mélodieuse la réveilla de ce sommeil.
" Non ! Pas du tout ! Je suis prête. On peut y aller. "
" Allons y ! "

Elle agrippa sa main dans son dos et ils marchèrent. A cette heure ci, le soleil se couchait et les paysages prenaient une allure tout à fait différente. Les moindres formes se détachaient du ciel doré. L'air était frais et pourtant sa chaleur lui suffisait. Ils étaient maintenant arrivés dans un champ de fleurs qui semblait s'étendre vers l'éternité. Les couleurs disparaissaient dans l'obscurité de la nuit. Elle serra un peu plus fort sa main.
" Vient. "
Il l'emmena un peu plus loin. Tout était prévu. Une nappe à carreau était étalé au milieu de la végétation, dessinant un carré distinct. Ils s'allongèrent dessus, sans un mot.
" Tu sais quel jour on est ? "
Le ciel se remplissait maintenant d'étoiles toutes plus brillantes les unes que les autres. Plantant son regard dans le sien, elle ouvrit la bouche pour répliquer un simple oui.
" Tu croyais vraiment que j'allais oublier ? "
Elle détourna le regard. Elle avait honte. Honte d'avoir oser penser qu'il avait oublié ce jour là. Si important. Il sentit son malaise et s'approcha doucement d'elle.
" Je ne t'en veux pas..."
Son baiser était sans doute la chose la plus douce sur Terre. Il était encore plus beau ce soir. Le ciel brillait d'une lueur irréelle au dessus de lui. Elle lui prit le visage entre les mains et se mit à pleurer tout en riant. Il se mit à rire aussi et ils finirent par rouler entre les fleurs. Le temps s'arrêtait. Il n'y avait plus que le souffle du vent dans les arbres et ce son si particulier. Des bruits secs interrompèrent leur jeu.
" Oh mon dieu..."
Elle tomba en extase devant ce spectacle. Des jets de couleurs pourfendaient le ciel en formant des formes à la fois floues et distinctes. Sans doute floues parce qu'elle pleurait toujours. Le bruit l'assommait et elle soupira de bonheur tout en le serrant contre elle. Ils restèrent là, à contempler ces bouquets qui ornaient le ciel. Les yeux brillants, ils étaient retournés au stade de l'enfance, où les bonheurs simples comptaient tellement. Ce soir, c'était l'apothéose de leurs sentiments. Ils n'étaient pas seulement ensemble, ils ne formaient qu'un. Les feux qui embrasaient la toile bleue s'arrêtèrent. Les seuls points de lumière étaient maintenant les étoiles. Tout était revenu à la normale.
" Déjà un an. Tu te rends compte ? Un an que tu m'es apparue. Un an que tu es ma muse, ma déesse. J'aimerais juste que ça continue jusqu'à ce que mon dernier souffle de vie s'échappe de mon corps. Je veux que tu le sache. "
Il lui tendit une boite. Elle le regarda puis l'ouvrit maladroitement à cause de ses mains tremblantes.
" Une Nacre..."
" Elle symbolise la pureté. Je trouvais que ça t' allait bien. Surtout ce soir. "

Le collier maintenant autour de son cou, elle l'embrassa comme elle ne l'avait jamais encore fait. Et puis elle lui demanda d'une voix moqueuse.
" Et le feu d'artifices, c'était rien que pour moi ? "
" Oui. Promis. "


The End.
Laura©

# Posté le mardi 29 avril 2008 13:46

Modifié le dimanche 04 mai 2008 08:53